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[Enquête] (1/2) Touba : Meurtres, braquages, incendies, les chiffres de l’horreur !

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(Touba, envoyé spécial) – Le constat est pathétique. Les chiffres font froid dans le dos. La recrudescence de l’insécurité, de la délinquance et du grand banditisme dans la capitale du Mouridisme est montée d’un cran: meurtres, agressions, braquages et vols à main armée se sont multipliés ces dernières années et ces dernières semaines notamment. Une situation qui préoccupe au plus haut niveau.

“Ils sont nombreux les délinquants et bandits qui ont fait de Touba leur refuge (…) ; les populations de Touba ne dorment plus du sommeil du juste à cause de l’insécurité qui y règne”. Cette déclaration de Serigne Bass Abdou Khadre, porte-parole du khalife général des mourides, qui recevait le nouveau Directeur de la sécurité publique (Dsp), Abdoul Wahab Sall, le 20 janvier dernier, a témoigné de l’insécurité qui prévaut actuellement dans la cité religieuse. En effet, les populations du Baol et particulièrement de Touba, sont transies de peur.
Cette situation met en alerte les autorités administratives et sécuritaires de la zone qui cherchent les meilleurs dispositifs pour enrayer la machine criminelle. “Nous avons identifié le profil des criminels. Ce sont des gens d’ici et ils sont quotidiennement avec nous. Donc, on peut les identifier”, tente d’apaiser le préfet de Mbacké, Makhtar Diop, qui présidait un Cdd, sur l’insécurité notée dans la localité.
Axes criminogènes
Les braquages à bord de véhicules, notamment des 4×4, et autres types d’agression sont devenus monnaie courante. Au registre des faits divers les plus fantastiques : des banques cambriolées (Cbao de Touba), des dizaines de stations services et magasins braqués, plusieurs cantines attaquées, des commerçants dépossédés et dépouillés de leurs biens, des centaines de millions Cfa emportés (c’est le cas du négociant en arachide, Balla Gaye, dont les 29 millions ont été emportés de son domicile, ainsi que le Libanais qui a perdu 80 millions Cfa lors d’un cambriolage par “le gang de la fameuse 4×4”.
Pourtant, Touba compte deux commissariats et un poste de police, une brigade de gendarmerie, un escadron et une compagnie de la gendarmerie nationale qui travaillent en parfaite collaboration, d’après des autorités policières. A cela, il faut ajouter les postes de gendarmerie de Sadio, Ndindy et de Touba Belel qui permettent, selon une source policière, de “ceinturer la ville sainte” où la criminalité gagne du terrain. Une source de la gendarmerie révèle les axes criminogènes. Il s’agit, d’après notre informateur, du rond-point Khaira, l’entrée de Mbacké, Ndame Alaza, Sortie Darou Khoudoss, Keur Niang, Ndame, Darou Marnane, Gouye Mbine, Bountou Pikine, Belel, Gare boumak, Darou Tanzil, Dianatoul Mahwa, entre autres localités.
“Nous mettons beaucoup plus l’accent sur ces lieux”, rassure-t-il.
Depuis plusieurs années, la ville sainte de Touba, pôle économique très étendue, est constamment en expansion. Mais les populations résignées n’ont pas le réflexe du renseignement. Ceci est dû au statut spécial de la cité.
Toutefois, pour le commissionnaire divisionnaire de Touba, ce qui se passe à Touba est à l’image de ce qui est constaté dans les autres localités du pays. Seulement, à l’en croire, “il y a une sorte d’amplification des faits, ce qui donne une autre image différente de la réalité du terrain”. Aujourd’hui, calme-t-il, “la situation n’est pas alarmante, elle est même maitrisée”.
42 bandes de malfrats démantelées, 37 personnes tuées en 2019
Quoi qu’il en soit, les chiffres font froid dans le dos. Car, pour l’année 2019, rien que les découvertes faites par la police sont plus qu’ahurissantes. En effet, il ressort de nos informations que la traque des délinquants lancée dans la ville et environs a permis aux différents commissariats de la cité religieuse de mettre hors d’état de nuire 1225 individus pour divers motifs. Les policiers de Touba ont également démantelé pas moins de 42 bandes de malfaiteurs qui perturbaient la quiétude des populations de Touba et environs, d’après les mêmes sources qui renseignent qu’au moins 807 véhicules et 598 motos ont été également immobilisés pour diverses infractions dans la circulation.
À signaler en outre qu’en 2019, quelque 34 vols avec violence, 57 recels, 34 cas d’homicides involontaires, ont été enregistrés sur les fichiers de la police. Celle-ci a également enregistré 3 cas de meurtres au courant de l’année 2019. Il s’agit de Sokhna Khady Sèye (25 ans) poignardée à mort, le 2 novembre 2019, au quartier Beugue Bamba de Touba Madiyana et du cas de Baye Daouda Touré (2 ans) et Serigne Mbacké Madina Touré (3 ans), égorgés dans la nuit du 26 au 27 septembre 2019, chez eux à Touba.
Même si pour la première affaire, le présumé meurtrier Cheikhouna Diop a été inculpé de meurtre avec préméditation et sera jugé par la Chambre criminelle, pour le double meurtre des enfants, l’on nous informe que des prélèvements effectués sur le lieu du crime ont été envoyé à Bordeaux, en France.
Par ailleurs, dans la lutte contre la circulation et l’utilisation des stupéfiants, une quantité de 12 992 grammes de chanvre indien, 2107 cornets, 119 joints, a été saisie dans la Commune de Touba, entre le 1er janvier et le 31 décembre 2019, d’après toujours le bilan fait par les policiers.
En outre, comme il est constaté dans plusieurs localités du pays, des opérations combinées entre la police et la gendarmerie sont en train d’être menées, depuis quelques semaines, à Touba. A cela, des patrouilles de routine sont également effectuées de manière parallèle par la gendarmerie.
Au même moment, la police a lancé, depuis le début du mois de janvier, une opération dénommée “Samu Sunu karangué”, qui va se poursuivre jusqu’au 20 février prochain. Un dispositif permanent articulé autour de patrouilles et de check-points est mis en place. Le but, d’après un de nos informateurs, “d’avoir une présence dissuasive afin de faire revenir la sécurité chez les populations”.
“Depuis que nous avons démarré cette opération, on a quand même constaté une accalmie”, informe une source de la police de Ndamatou.
4 petits enfants morts par noyade, 5 autres dans des incendies
À Touba, même si l’insécurité constitue un réel problème social, le manque de vigilance les parents en est un autre. En tout cas, pas moins de 7 enfants ont perdu la vie soit par noyade, soit dans des incendies. La brigade des Sapeurs-pompiers de la 21ème compagnie de Touba a recensé 4 enfants âgés de 3 à 5 ans qui sont morts noyés dans des bassins. A cette liste, il faut ajouter le cas de Sangue (4 ans), Maguette (4 ans) et Amy Gueye (3 ans) qui ont péri 4 février dernier, dans un incendie, dans leur maison familiale, sise à Darou Marnane.
Mais, un autre drame similaire avait emporté, à Touba Béto, le 29 décembre 2019, deux bouts de bois de Dieu de même père et de même mère. “Ce n’est pas seulement une affaire des forces de sécurité, mais, il y a aussi un problème au niveau des familles. Les parents doivent redoubler d’efforts dans la vigilance”, constate une source de la compagnie de la gendarmerie de Touba.
Ce que confirme le préfet du département, Makhtar Diop qui, au lendemain de la mort de ces trois enfants, a invité les parents à être beaucoup plus vigilants.
Pour le député de Touba, Cheikh Abdou Mbacké Bara Dolly, par ailleurs vice-président de la commission sécurité et défense de l’Assemblée nationale, la cité de Bamba, qui a une dimension nationale et internationale, ne doit plus être considérée comme un gros village. “Les choses ont changé et la ville grandit de jour en jour. Les forces de l’ordre sont braves, mais il faut que tout un chacun y mette du sien”, ajoute le parlementaire, qui préconise l’installation de comités de vigilance dans les différents quartiers.
Cheikh Abdou Mbacké Bara Dolly a par ailleurs dit avoir même demandé à la commission (défense et sécurité) de convoquer à l’hémicycle le ministre de l’Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye pour s’expliquer devant les Sénégalais, à propos de cette problématique de l’insécurité à Touba et dans presque tout le pays.
Mais, il regrette de faire constater que jusqu’à présent, rien ne bouge dans sa “requête”.
Assassinats à tout-va !
Les notes d’archives d’enquête en notre possession relèvent que cette vague de violences dans la cité religieuse date de plusieurs années. Beaucoup de cas de crimes y sont notés ces dernières années, les uns plus crapuleux que les autres. En effet, le 1er novembre 2012, un chambellan arrosait de balles un berger du nom d’Amadou Sow, âgé de 12 ans. Ce meurtre avait provoqué la furie de son bourreau pour avoir introduit ses moutons dans les champs d’un chef religieux de la place.
À Touba, c’est aussi la mort d’Ibrahima Samb, qui avait suscité beaucoup de réactions. Cette affaire impliquait 4 policiers qui l’avaient oublié dans la malle d’un véhicule au terme d’une opération de sécurisation.
Sur la liste macabre, il y a également le cas Fatou Binetou Diop, cette dame égorgée dans la nuit du 16 mars 2013, par son neveu Moussa Niang qui la soupçonnait de pratiques mystiques l’ayant empêché d’émigrer en Europe.
Le 9 Juillet 2014, Fatou Ndiaye Diané, une femme enceinte de 8 mois, reçoit des coups de pilon allègrement servis par sa coépouse. Le drame s’était passé au quartier Gouye Siaar à quelques lieues de l’héliport de Touba.
Quelque 5 jours après, c’est le commerçant Talla Bèye qui recevait un coupe-coupe fatal sur la tête, par une bande de malfaiteurs. Les faits se sont déroulés à Sam Bouqatoul Mubarak.
Le 10 août de la même année, Sourah prend le relai. Maguette Ndiaye est froidement poignardé à mort par son beau-fils. Un peu moins d’un mois plus tard, Abdou Ndiaye reçoit une balle à Taly Bu Bess. Il tentait de séparer deux jeunes qui se bagarraient.
Au début de l’année 2015, c’est le nommé Birane Ndiaye qui est poignardé à mort par son ami au marché Ocass de Touba.
Le 3 juillet 2015, une autre découverte macabre à Darou Karim suscitait l’émoi dans la ville sainte. Baye Seck (70 ans) vendeur de bois de chauffe, est retrouvé égorgé, les yeux exorbités.
Deux jours après, l’ange de la mort sévit au populeux quartier de Madiyana où Awa Thiam, une fillette de 3 ans était retrouvée abandonnée sans vie dans une maison. D’autres drames seront enregistrés par intermittence.
“Pression sur les enquêteurs” ?
Dans la ville sainte, des accusations font état de pressions qui seraient exercées sur les enquêteurs. Des allégations rejetées par des autorités judiciaires interpellées par Seneweb. “Nous faisons correctement notre travail de maintien de l’ordre et d’enquête, nous transmettons les dossiers au parquet, soit à Mbacké, soit directement au tribunal de Diourbel. On ne reçoit aucune pression venant de qui que ce soit”, jure cette autorité sécuritaire qui ne doute pas cependant du caractère “spécial” de Touba.
D’ailleurs, concernant la récente affaire des tirs de balles au domicile du maire Abdou Lahad Ka, le 11 novembre 2019, aucun coupable n’est encore officiellement désigné.
L’on nous informe que le dossier a déjà été transmis au procureur pour une instruction. Mais, depuis lors, aucune interpellation n’est faite. Quelques semaines plus tard, Serigne Abdou Samath Mbacké, petit-fils de Serigne Abdoul Ahad, présenté comme présumé auteur des tirs de balles réelles en direction de la maison du maire de Touba, a trouvé son véhicule incendié.
Les faits ont eu lieu devant son domicile. Il a aussi déposé une plainte contre X. Une affaire qui frise un règlement de comptes, continue de susciter moult interrogations, à Touba. “C’est vrai qu’il y a le masla, parce que nous sommes des musulmans. Nous sommes une localité qui repose essentiellement sur les principes de l’islam. Beaucoup de problèmes se règlent en famille”, confie ce Mbacké-Mbacké, qui rappelle que “Touba est une localité spéciale de Serigne Touba”.
En tout cas, “tout se passe correctement. Il y a aussi beaucoup de dossiers qui sont en cours, mais le temps de la justice est un peu complexe”, insiste une source policière.
Les autorités municipales se disent également préoccupées par cette question. Interpellé, le maire, Abdou Lahad Ka annonce des concertations avec les autorités sécuritaires dont le contenu ne sera pas cependant révélé au grand public parce qu’étant “une question de sécurité pour déjouer les attaques perpétrées ces derniers temps à Touba”.
L’édile de la ville de Touba soutient dans la foulée que les autorités sont en action pour assainir la capitale du mouridisme. “Nous avons même pensé à renforcer les moyens octroyés aux forces de l’ordre”, révèle Abdou Lahad Ka.
Mais, il est à signaler que les autorités étatiques ont pris des mesures visant à mieux renforcer la sécurité publique dans la ville sainte de Touba. Celle-ci, à l’image de Dakar, Thiès, Kaolack, Saint-Louis, bénéficie du programme “Smart Sénégal”, un projet l’installation de caméras de surveillance. Ndèye Tické Ndiaye, ministre de l’Economie numérique et des Télécommunications, qui révèle que 213 caméras ont déjà été installées dans ces localités, annonce que d’ici à fin 2020, 500 caméras seront installées au total”.
À Touba, ces caméras dites de sécurité sont visibles aux alentours de la grande mosquée.

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